Massif du sud
2 au 4 mars 2007

 

 

Au début, cela aurait pu s’appeler "chronique d’une tempête annoncée" car nous attendions pour le vendredi la deuxième tempête de l’hiver. On nous avait promis tant de neige, de vent et de poudrerie, que plusieurs ont choisi de partir la veille du jour J, après arrangement avec Manon, la co-organisatrice de la sortie, et la propriétaire des gîtes où nous allions demeurer toute la fin de semaine.

 

Quelle bonne décision pour ceux qui pouvaient se permettre cette anticipation ! Jeudi soir: le calme avant la tempête, voyage dme nuit tranquille vers ce charmant petit village au nom improbable de "Notre-Dame-Auxiliatrice-de-Buckland", niché au pied du Massif du Sud, une des dernières vagues des montagnes appalachiennes, et baigné de la pâle lueur d’un croissant de lune sur la voie de la rondeur. Manon et Jacques M., nos deux G.O., étaient déjà sur place, guettant leur monde. Tandis que les villageois veillaient dans les chaumières, quelques Zahriens isolés prenaient tour à tour leurs quartiers dans les chaleureux gîtes que sont l’Hôtel Nolet et le Chalet Familial, en attendant le restant du groupe, on débouche une bière, on se tire aux cartes, on se raconte nos évasions…

 

Vendredi matin, au lever, rien n’a encore bougé sur la blanche campagne de Buckland, mais le ciel est lourd de promesses et l’horizon est déjà en fusion. Quelques Zahriens arrivent encore, s’installant dans la Maison Florian et la Maison Baillargeon. Puis , soudainement, le vent se lève, des tourbillons blancs se déplacent en rampant sur la rue centrale, les bâches et les abris claquent. La tempête arrive crescendo, et ceux qui prennent paisiblement leur déjeuner au chaud en regardant changer le paysage ne peuvent s’empêcher de penser à tous les autres qui ont pris la route ce jour-là et arriveront dans la journée. Quelques uns arrivent dans la matinée, fort heureux d’être rendus à bon port, car " c’était pas beau le long du fleuve !".

Mais alors, que va-t-on faire de cette journée ?

Ce n’est pas facile de décourager les gens de Zahra de faire ce qu’ils aiment le plus au monde : sortir dehors !

Nous prenons donc prudemment nos autos, la route est droite heureusement, et partons faire une balade en raquettes sur le sentier des abris sous roche, non loin de la station de ski du Massif du Sud.  Magnifique petite randonnée : le sentier monte graduellement sur le flanc d’une montagne, puis s’accentue pour déboucher sur un premier abri sous roche. La tempête fait rage, mais qu’importe, cela ajoute du charme au décor, on est loin, très loin de tout, enveloppé de ouate mouvante, il faut retenir nos tuques. L’endroit est comme un terrain de jeux pour les grands enfants que nous sommes : du premier abri sous roche, un petit raidillon nous mène à un second, puis à un belvédère s’ouvrant sur un jour blanc, puis à un rideau de glace pendant de la falaise. La progression n’est plus si facile, Jacques M. est même surpris de la difficulté croissante de la progression, car le terrain est aussi accidenté que pittoresque. Clic, clic, les appareils photos…Enfin le bouquet : le sentier en boucle redescend à pic le long d’une grande paroi et on a droit à l’échelle : quelques raquettes et bâtons prennent leur envol pour alléger les pèlerins, quelques postérieurs se laissent glisser sur la pente, certains par prudence, d’autres pour jouer, comme des loutres. Sur le chemin du retour, Sylvain casse le pivot d’une de ses raquettes, et se voit contraint de marcher clopin-clopant sur une raquette, tout en pestant contre "ces Appalaches qui lui réservent toujours de fâcheuses surprises", allusion à une ancienne sortie dans la région assez folklorique à cet égard…jusqu’à ce que Jean-Pierre B. le dépanne avec une petite sangle de Velcro "à une piastre chez Dollarama" pour retenir la fixation sur la raquette. Le truc est simple, utile, et noté ! Nous nous sommes alors rendus pour le lunch à la station de ski, déserte ce jour-là. Ensuite nos vaillants organisateurs sont allés explorer une autre curiosité des environs : les Portes de l’Enfer, mais la visibilité n’était pas idéale.

 

De retour au village, après un peu de pelletage, le traditionnel "5 à 7" et le souper. Presque tous les Zahriens inscrits sont arrivés, au-delà d’une trentaine. La soirée s’écoula en chansons au son des accords de guitare de Jean-Pierre G. et de Jacques M. : veillée chaleureuse en compagnie de Bozo-les-Culottes, du phoque en Alaska, ou bien de Jean Ferrat : « que c’est beau, c’est beau la vie »…et c’est vrai que ce soir-là, la vie était belle ! Et les pincements mélodieux des cordes de la guitare, et les voix chaudes de nos deux troubadours, et le chœur des filles qui chantaient, et la tempête qui faisait rage sur les fenêtres…il y avait de la magie à Buckland ce soir-là. Avant de passer au lit, nous sommes allés prendre l’air, aller-retour pas très long sur la rue centrale, les flocons tombaient toujours, les chasse-neige étaient de sortie, l’église était illuminée, la rue appartenait à quelques Zahriens…

 

Samedi : les éléments se sont calmés. Comme prévu par nos organisateurs, nous retournons au centre de ski du Massif du Sud, bondé de visiteurs cette fois-ci, et entamons la longue montée en raquettes jusqu’au sommet du Mont du Midi. Il y a les "rapides", ceux dont le pas est alerte et vigoureux, qui trouvent la direction, qui ouvrent la piste dans la neige folle, puis les autres, qui profitent de la trace ainsi faite, qui vont leur rythme tout en cherchant l’oiseau qui gazouille ou photographiant les spectres blancs de la forêt ou les boules rouges des sorbiers, les poètes, quoi…Et Manon fermait la marche, elle disait qu’elle menait ses moutons, bergère d’un troupeau au pelage synthétique et coloré. Du sommet, une longue randonnée au pays des momies d’une blancheur sublime nous ramena dans la vallée d’une jolie rivière autour de laquelle la piste tricote en passant sur d’harmonieux ponts courbés. Jacques G., toujours aussi intrépide, allait chatouiller de son bâton les yeux liquides que la rivière avait gardés ouverts. Certains de nos valeureux "rapides" ont même eu le temps et le courage de faire le mont Chocolat après le Mont du Midi, d’autant plus méritoire que la vue était bouchée en haut !

 

De retour dans nos chez-nous, ce fut de nouveau la fête. Grand souper communautaire fait de soupe, de bœuf bourguignon, de salade et de gâteau, concocté par des villageois chez qui nous sommes allés chercher les chaudrons pleins. Comme ils étaient fiers, ces braves gens, de nous présenter leurs plats soigneusement préparés ! Après ce repas et quelques bonnes bouteilles, vint le moment tant attendu : celui de l’énigme des trois objets en "C" que Manon nous avait demandé d’apporter, sans en révéler la nature à personne. À quoi pouvait donc bien ressembler ce jeu ? Chacun apporta un petit sac au secret jalousement gardé. Puis ce fut le dévoilement : il nous fallait énoncer à tour de rôle un objet en "C" et ceux qui avaient dans leurs sacs cet objet devaient le sortir. Les gagnants furent ceux qui restaient avec leurs trois objets non déballés. Nous eûmes droit à de surprenantes trouvailles : une "cenne" noire, un contrat de déneigement, un chèque, un cherche-étoile, Nicole avait même…du cannabis!…Moment hilarant !

 

Le dimanche, ce fut le clou du week-end. De nouveau le centre de ski du Massif du Sud, aussi populeux que la veille. Il s’agissait cette fois-ci de prendre le télésiège et de redescendre au point de départ en effectuant une longue boucle en ski de fond. Certains n’ont pu s’empêcher d’embrasser la montagne en débarquant des chaises au sommet...Nous voici de nouveau sur le mont du Midi, dans la brume. Le fartage des skis : quelle cire appliquer ? Le temps s’était radouci. On opta pour la bleue. Ce fut le meilleur choix en la circonstance. Après le départ, plusieurs pelures sont tombées, car il ne faisait pas froid dans cet univers laiteux. La piste, spacieuse, serpentait en ondulant doucement dans un environnement de taïga rabougrie, paysage typique des hautes montagnes du Québec, se perdait dans la brume, et nous glissions silencieusement dans ce monde irréel, salués au passage par de vaporeuses momies, des dinosaures sans corps, toute une théorie d’étranges fantômes…Après une longue descente en lacets, quelques haltes dans des refuges, nous parvenons au pied de la montagne. Quelques uns, insatiables, ont repris le télésiège pour un deuxième plaisir en refaisant toute la boucle.

Puis ce fut de nouveau la rencontre au centre de ski, la fin du voyage, la clôture d'un merveilleux week-end qui restera longtemps dans notre mémoire zahrienne comme un joyeux souvenir.

 

 

 

Merci à Manon et à Jacques de nous l'avoir fait vivre !

Texte : Sylvain Chiroux
photos S.Chiroux D.Frigon

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Abri sous roche

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Notre-Dame-Auxiliatrice-de-Buckland

Dimanche - ski de fond

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