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Camping d'hiver sur le fleuve
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Départ de Louiseville
Si l'on porte le regard à droite, c'est la banquise, immense, étincelante, le soleil prend toute la place dans ce ciel d'un bleu pastel infini où tout moutonnement semble indésirable. À l'horizon, une mince ligne plus sombre, c'est l'eau vive. Et sur cette ligne, la silhouette diffuse d'un porte-container. Il semble vouloir emprunter le passage du Nord-Ouest, en route vers quelque lointaine contrée d'Orient. Et nous, nous avançons librement, sans obstacle, vers le Nord-Est, sur cet océan glacé, au rythme cadencé de nos raquettes et du glissement de nos skis et de nos traîneaux. Nous voulons connaître les sensations de nos prédécesseurs dans le Grand Nord, nous sommes sur les traces de Paul Émile Victor, de Bernard Voyer ou Jean Lemire, nous allons vivre, manger, dormir sur la banquise…Curieux, pas une trace de phoque, pas un oiseau boréal…Tiens, le ronron d'une motoneige à gauche, peut-être un chasseur Inuit… Et si l'on tourne la tête à gauche, l'imagination y retrouve des repères familiers, la rive boisée du Lac St-Pierre, un clocher, des cabanes de pêcheurs sur la glace, et la motoneige court entre la marina de Louiseville et la Pointe de Yamachiche. L'Inuit a disparu, le Grand Nord aussi, mais si l'on regarde à nouveau vers le large, à droite, on les retrouve… Ainsi nous avons fait une fantastique expédition exotique entre le coeur du Québec et les immensités arctiques…
Alain, Sylvain, Fatima, Jacques, Emery, Louis, Murielle et Danielle.
Nous avons établi le campement à l'abri des vents d'Ouest, sur une baie abritée derrière une cordillère de blocs de glace. Tout fut utilisé pour l'ancrage des tentes : bâtons de ski, vis à glace, piquets à neige, sacs de la SAQ lourdement lestés de neige pilée, quelques sièges et tablettes sommaires furent aménagées sur les blocs de glace au pied de notre ''montagne'' en guise de salle à manger. Du haut de notre petite cordillère, nous avons assisté au somptueux spectacle du jour qui meurt au bout de l'horizon dans un intense rougeoiement reflété par la neige et les glaces. Notre colonie fut alors rapidement plongée dans une fraîche noirceur.
Après le traditionnel souper de poche qu'on déguste généralement en expédition, où tout l'art culinaire consiste en la quantité d'eau chaude ajoutée, le temps de réhydratation de la bouffe et l'habileté à gérer cette savante manœuvre avec des gants et un équilibre instable, ce fut la nuit polaire dans nos petits dômes de textile. Une nuit progressivement éclairée par la pâle lueur de la lune qui se levait du côté de la rive Sud, et projetait des ombres fantomatiques sur les bas-reliefs de la banquise. Plusieurs d'entre nous avons eu des réveils ''fraîcheur'' : il y a toujours une partie du corps qui n'est pas à son aise et qui réveille les autres ! Alors il faut faire des compromis : mettre un peu moins sur une pour compenser sur une autre. Mais rien d'assez incommodant pour ne pas être en forme le lendemain et repartir d'un aussi bon pas que la veille, sous un aussi grand soleil.
On ne s'ennuie pas sur la banquise du Lac Saint-Pierre: on voit des pêcheurs près de leurs cabanes, surveillant distraitement leurs brimbales et heureux de jaser avec les survenants que nous sommes : ''- d'où venez-vous ? - de Montréal, on descend le fleuve - et jusqu'où vous allez où comme ça ? - jusqu'à Québec, on espère y être pour le 400 ième!...'' le sérieux n'était pas de rigueur; on y voit aussi toutes sortes de véhicules d'hiver, de la simple motoneige aux snowmobiles style Bombardier, en passant par les autos aux roues remplacées par des chenilles, étranges bestioles comme dans la Guerre des Étoiles. Et même un type en vélo, aussi à l'aise que dans son quartier. Et surtout beaucoup de skieurs à voile, émaillant de joyeuses couleurs la grande baie de Pointe-du-Lac, comme un festival de planches à voiles une chaude journée d'été. Deux d'entre eux, Fabienne et Robert, sont même venus nous porter le café et le thé dimanche après-midi, arrivés en un souffle comme des messagers venus du ciel ! Scène un peu hallucinante que de prendre le café dans des tasses de céramique au large sur la banquise …
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Nicole Raymonde et Martine à notre rencontre sur la banquise. À l'arrivée à Pointe-du-Lac, nous avons eu le plaisir d'être escortés par plusieurs de nos ami(e)s de Zahra venus à notre rencontre sur la glace, pour conclure en beauté cette magnifique et originale petite expédition qui nous a fait beaucoup voyagé… Merci à Jacques d'en avoir eu l'idée!
Texte: Sylvain Chiroux
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